Glucksmann remporte la primaire socialiste avec 66 % des voix, mais des zones d'ombre demeurent

Le repli en refusant toute alliance large de la gauche
Marine Tondelier critique la stratégie de Glucksmann et le positionnement des écologistes face à sa candidature.
Mark

Glucksmann gagne avec deux tiers des voix — c'est une victoire écrasante. Mais pourquoi les écologistes et les communistes restent-ils si réticents?

Mimi

Parce que sa ligne est clairement anti-Mélenchon, et pour beaucoup à gauche, c'est un choix de rupture, pas de rassemblement. Les écologistes sont déchirés entre trois options, et Tondelier a dit publiquement qu'elle préférait une alliance large.

Luke

Mais attendez — 72 % des votants de la primaire rejettent une alliance avec La France insoumise. C'est un mandat clair pour cette ligne. Le problème, c'est que 120 000 votants, ce n'est pas la gauche française entière. C'est une primaire interne.

Mark

Et l'équipe de Glucksmann ? Il y a des anciens macronistes autour de lui.

Mimi

Oui, Houlié et Rousseau notamment. Ça crée une tension : comment se présenter comme candidat de gauche quand on est entouré d'anciens du gouvernement Macron?

Luke

C'est vrai, mais il faut être précis. Rousseau a été ministre de la Santé en 2023, c'est un fait. Mais on ne sait pas encore comment cette équipe va se comporter en campagne, ni si elle va vraiment peser sur les choix politiques.

Mark

Et sa proposition sur les salaires — baisser la CSG — ça semble vraiment libéral?

Mimi

Ses détracteurs le disent. L'idée, c'est d'augmenter le salaire net sans passer par le patronat, mais par l'État. C'est une approche différente de celle de la gauche traditionnelle.

Luke

Différente, oui. Mais « libéral » est un jugement. Ce qu'on sait, c'est que c'est une proposition économique qui divise la gauche. Une note confidentielle fuguée au printemps montrait aussi que son équipe ciblait l'électorat de centre-gauche, pas populaire.

Mark

Donc il y a un risque que sa candidature ne décolle pas?

Mimi

C'est possible. Et si elle ne prend pas, François Hollande pourrait intervenir. C'est la menace implicite du texte.

Luke

Mais on ne sait pas si Hollande interviendrait vraiment, ni dans quelles conditions. C'est une possibilité, pas une certitude.

  • Glucksmann remporte la primaire avec 66,17 % des voix au premier tour
  • 120 587 personnes ont voté, contre plus de 2 millions en 2017
  • Olivier Faure n'obtient que 14,46 %, fragilisant sa position de premier secrétaire du PS
  • Près de 72 % des électeurs rejettent une alliance avec La France insoumise

Glucksmann devance largement Olivier Faure (14,46 %) et s'impose dès le premier tour avec 120 587 votants, validant sa ligne anti-Mélenchon. Près de 72 % des électeurs rejettent une alliance avec La France insoumise, mais les écologistes et communistes restent hésitants face à sa candidature.

Raphaël Glucksmann a remporté dimanche la primaire de la gauche sociale-démocrate avec 66,17 % des voix, se positionnant comme candidat de la « gauche démocratique » contre Mélenchon pour l'élection présidentielle 2027.

Raphaël Glucksmann a remporté dimanche 11 octobre la primaire de la gauche sociale-démocrate au premier tour, avec 66,17 % des suffrages. L'eurodéputé et leader du petit parti Place publique s'impose face à Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste, qui n'obtient que 14,46 % des voix. Quelque 120 587 personnes ont participé au scrutin. Derrière ces deux figures de proue, Ségolène Royal recueille 7,62 %, Emmanuel Maurel 5,92 % et Jérôme Guedj 5,83 %. La victoire de Glucksmann valide sa stratégie anti-Mélenchon et son positionnement comme candidat de la « gauche démocratique » pour la présidentielle de 2027.

Cette ligne politique claire a séduit les électeurs de la primaire. Glucksmann et Guedj, qui ont tous deux campagné contre toute alliance avec La France insoumise, rassemblent à eux seuls près de 72 % des votes. Le message est sans ambiguïté : le rejet d'un « remake » de la Nouvelle union populaire, écologique et sociale ou du Nouveau Front populaire trouve un écho massif parmi les votants. Glucksmann a d'ailleurs installé le duel avec Mélenchon dès son discours de victoire, se présentant comme le candidat de la rupture avec « l'hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche française ».

Mais sous cette clarté affichée se cachent des zones d'ombre substantielles. Glucksmann doit encore convaincre les écologistes et les communistes de le rejoindre. Marine Tondelier, patronne des Écologistes, a immédiatement déploré sur X que le vainqueur soit « celui qui fait le choix du repli en refusant toute perspective d'alliance large ». Elle a rappelé que son parti reste déchiré entre trois options : une candidature autonome, une alliance avec Mélenchon ou une alliance avec Glucksmann. Fabien Roussel, patron du Parti communiste français, n'a pas réagi dimanche soir, mais beaucoup observateurs jugent improbable qu'il rallie un candidat que la gauche qualifie de social-libéral et soupçonne de vouloir s'allier avec le centre.

La composition de l'équipe de Glucksmann pose aussi question. Plusieurs anciens macronistes l'entourent, notamment les députés Sacha Houlié, ancien cofondateur des Jeunes avec Macron, et Aurélien Rousseau, ancien directeur de cabinet de la Première ministre Élisabeth Borne et ancien ministre de la Santé en 2023. Cette proximité avec l'ancien gouvernement complique sa crédibilité auprès de son aile gauche.

Sa stratégie économique renforce ces doutes. Lors de la campagne de la primaire, un désaccord idéologique s'est cristallisé sur la question des salaires. Glucksmann propose de baisser la contribution sociale généralisée pour rapprocher le salaire net du brut — une approche que ses détracteurs qualifient de libérale, puisqu'elle fait reposer l'augmentation des salaires sur l'État plutôt que sur le patronat. Au printemps dernier, la fuite d'une note confidentielle rédigée par son équipe avait déjà embarrassé le candidat : elle établissait des « publics cibles » et des électorats « à éviter », révélant une stratégie clairement orientée vers l'électorat de centre-gauche plutôt que populaire.

La participation à cette primaire, bien que célébrée par les socialistes, mérite aussi d'être relativisée. Cent vingt mille votants, c'est un chiffre respectable, mais bien en deçà des primaires précédentes : plus de 2 millions en 2017, près de 3 millions en 2011. Le déclin est vertigineux. Même si une photo de famille des cinq candidats a été immortalisée en selfie par Patrick Mennucci, ancien député en charge de l'organisation, la question du rassemblement et de la dynamique réelle reste ouverte.

Pour Glucksmann, désormais officiellement candidat à la présidentielle, le plus difficile commence. Il doit convaincre les écologistes et communistes sans renier sa ligne, construire une coalition de gauche sans Mélenchon, et prouver que sa candidature peut décoller dans les sondages. En arrière-plan, l'ancien président François Hollande reste en embuscade : si la candidature social-démocrate ne prend pas, il pourrait être appelé à intervenir.

Je suis le candidat de la rupture avec l'hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche française
— Raphaël Glucksmann, discours de victoire
Celui qui fait le choix du repli en refusant toute perspective d'alliance large de toute la gauche et des écologistes
— Marine Tondelier, patronne des Écologistes, sur X
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