« Notre métier est devenu dangereux » : les proviseurs alertent sur l'épuisement face aux blocages

Plus de 40 proviseurs ont été blessés lors des blocages lycéens, certains gravement agressés et aspergés d'essence, créant un climat de danger pour les chefs d'établissement.
Notre métier est devenu dangereux
Carole Zerbib, proviseure à Paris, résume l'état d'épuisement et de vulnérabilité des chefs d'établissement face aux blocages lycéens prolongés.
Mark

Pourquoi les proviseurs deviennent-ils des cibles? Qu'est-ce qui a changé?

Mimi

Ils sont au carrefour. Ils représentent l'autorité de l'établissement, mais ils ne contrôlent pas les décisions politiques qui motivent les blocages. Les bloqueurs les voient comme l'obstacle à franchir pour paralyser le lycée.

Luke

Mais on ne sait pas vraiment qui agresse ces proviseurs. Le texte dit « bloqueurs et casseurs » — ce sont deux groupes différents. Les chiffres de 40 blessés viennent du ministre, pas d'une vérification indépendante.

Mark

Et l'épuisement dont parle Zerbib, c'est quoi exactement? C'est la peur, la fatigue, ou quelque chose d'autre?

Mimi

C'est tout cela à la fois. Ils doivent maintenir les cours, protéger les élèves, gérer la sécurité, et ils ne savent pas d'un jour à l'autre si leur établissement sera bloqué ou si la violence escalade.

Luke

Mais on n'a pas de chiffres sur le nombre de proviseurs qui démissionnent, ou qui demandent un congé. On a des blessures documentées, mais pas vraiment la mesure de l'épuisement systémique.

Mark

Zerbib dit que le métier est devenu dangereux. Est-ce qu'elle parle de danger physique ou de quelque chose de plus large?

Mimi

Les deux. Les agressions physiques sont réelles — essence versée sur quelqu'un, c'est grave. Mais le danger c'est aussi de perdre son autorité, de ne plus pouvoir diriger un établissement.

Luke

Et on ne sait pas non plus ce que le gouvernement envisage de faire. Le ministre a annoncé les chiffres, mais pas de plan d'action visible dans ce texte.

  • En deux semaines, plus de 40 chefs d'établissement ont été blessés lors des blocages lycéens, dont certains grièvement agressés et aspergés d'essence à Marseille.
  • Les proviseurs se retrouvent seuls en première ligne, contraints de choisir entre fermer leurs établissements ou maintenir les cours au risque d'affrontements directs.
  • L'épuisement physique, moral et professionnel s'accumule, et des voix syndicales comme celle de Carole Zerbib alertent publiquement : « Notre métier est devenu dangereux. »
  • Le SNPDEN-Unsa exige que l'autorité des chefs d'établissement soit restaurée et leur sécurité garantie, faute de quoi la fonction elle-même risque de devenir intenable.

Depuis début octobre 2026, les blocages lycéens en France ont révélé une fracture profonde dans l'institution scolaire : plus de quarante proviseurs ont été blessés, certains aspergés d'essence, rappelant que l'autorité éducative n'est plus un acquis mais un terrain disputé. Ces femmes et ces hommes, placés entre la mission de transmettre et l'obligation de protéger, incarnent à eux seuls la tension d'une société qui peine à reconnaître ses propres gardiens. Ce qui se joue dans les cours de lycée n'est pas seulement une question d'ordre public, mais une interrogation plus ancienne sur le sens et la légitimité de l'autorité dans l'espace commun.

Depuis plus de deux semaines, les blocages devant les lycées français s'éternisent, et les proviseurs se retrouvent de plus en plus souvent au cœur des affrontements. Le 2 octobre, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a révélé que plus de 40 chefs d'établissement avaient été blessés lors des mobilisations. Derrière ce chiffre, des visages : le proviseur du lycée Blaise-Pascal à Rouen frappé, celui d'Auchel touché par un pétard allumé, et surtout, au lycée Victor-Hugo de Marseille, un proviseur, son adjoint, sa secrétaire générale et son chef d'équipe agressés et aspergés d'essence le 1er octobre.

Carole Zerbib, qui dirige le lycée Nicolas-Louis-Vauquelin à Paris et siège à l'exécutif du SNPDEN-Unsa, ne mâche pas ses mots : « Notre métier est devenu dangereux. » Ce qu'elle décrit, c'est l'impossibilité structurelle du rôle : assurer simultanément la sécurité des élèves, maintenir l'ordre et faire fonctionner les cours, alors que la violence monte et que les blocages persistent.

L'épuisement dépasse le physique. Les proviseurs voient leur autorité contestée, leurs décisions piégées — fermer l'établissement ou risquer les affrontements — et leur légitimité érodée jour après jour. Beaucoup ont le sentiment d'être abandonnés face à une crise qui excède largement leurs attributions.

Le syndicat tire la sonnette d'alarme : il ne réclame pas l'impossible, mais que la fonction redevienne viable, que l'autorité soit respectée, que la sécurité soit assurée. La question posée n'est plus seulement celle de la gestion des blocages, mais celle de la survie d'un métier dans un contexte de crise prolongée.

Les proviseurs français sont à bout de souffle. Depuis plus de deux semaines, les blocages devant les lycées se prolongent, et ceux qui dirigent ces établissements se trouvent de plus en plus souvent en première ligne des affrontements. Le 2 octobre, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé un chiffre qui résume l'ampleur de la crise : plus de 40 chefs d'établissement ont été blessés au cours des mobilisations lycéennes. Ce ne sont pas des statistiques abstraites. À Rouen, le proviseur du lycée Blaise-Pascal a reçu des coups. Au lycée Elisa-Lemonnier, dans le Petit-Quevilly, le proviseur a également été légèrement blessé. À Ingré, dans le Loiret, la proviseure du lycée Maurice-Genevoix a subi le même sort. À Auchel, dans le Pas-de-Calais, le proviseur du lycée professionnel a reçu un pétard allumé lancé sur lui. Mais l'incident le plus grave s'est déroulé au lycée Victor-Hugo de Marseille, où le proviseur, son adjoint, la secrétaire générale et le chef d'équipe ont été agressés et aspergés d'essence le 1er octobre.

Ce qui rend la situation particulièrement intenable, c'est la nature même du rôle de chef d'établissement. Ces hommes et ces femmes doivent simultanément assurer la sécurité des élèves et des personnels, maintenir l'ordre dans l'établissement, et continuer à faire fonctionner les cours. C'est un équilibre impossible à tenir quand les blocages persistent et que la violence monte. Carole Zerbib, qui dirige le lycée Nicolas-Louis-Vauquelin dans le 13e arrondissement de Paris et siège à l'exécutif du SNPDEN-Unsa, le syndicat des chefs d'établissement, parle sans détour : « Notre métier est devenu dangereux. » Ce n'est pas une formule rhétorique. C'est le constat d'une femme qui vit quotidiennement cette réalité et qui voit ses collègues craquer sous la pression.

L'épuisement n'est pas seulement physique. Il est aussi moral et professionnel. Les proviseurs voient leur autorité remise en cause. Ils sont pris pour cible par les bloqueurs et les casseurs. Ils doivent prendre des décisions impossibles : fermer l'établissement et laisser les élèves sans cours, ou le maintenir ouvert et risquer des affrontements. Chaque choix a un coût. Chaque jour qui passe renforce le sentiment que le système ne tient plus, que les chefs d'établissement sont abandonnés à eux-mêmes face à une situation qui dépasse largement leurs responsabilités.

Carole Zerbib et ses collègues du syndicat tirent la sonnette d'alarme. Ils ne demandent pas l'impossible. Ils demandent que leur métier redevienne viable, que leur autorité soit respectée, que la sécurité soit garantie. Mais pour l'instant, la réalité sur le terrain est celle de proviseurs épuisés, blessés, et de plus en plus nombreux à se demander combien de temps ils pourront tenir. La question n'est plus seulement celle de la gestion des blocages lycéens. C'est celle de la viabilité même de la fonction de chef d'établissement dans un contexte de crise prolongée.

Notre métier est devenu dangereux
— Carole Zerbib, proviseure du lycée Nicolas-Louis-Vauquelin à Paris et membre de l'exécutif du SNPDEN-Unsa
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