De Bruxelles à Dakar, un même script politique se déploie : des mouvements nationalistes instrumentalisent la peur de la migration pour consolider leur emprise sur des sociétés fragilisées par l'incertitude. Bokar Sangaré, doctorant en sciences politiques, y voit non pas une coïncidence régionale, mais une stratégie globale qui transforme l'étranger en bouc émissaire de toutes les anxiétés collectives. Face à cette dynamique, il appelle à un universalisme renouvelé — non comme utopie abstraite, mais comme nécessité politique concrète.
De l'Europe à l'Afrique de l'Ouest, le nationalisme identitaire contre les étrangers
Les étrangers deviennent des figures sur lesquelles projeter l'anxiété collective
Pourquoi Sangaré pense-t-il que ce phénomène est vraiment mondial ? N'y a-t-il pas des différences majeures entre l'Allemagne et le Sénégal ?
Oui, bien sûr, les contextes sont très différents. Mais le mécanisme politique est similaire : utiliser la peur migratoire pour consolider le pouvoir et canaliser le ressentiment. C'est ce qui traverse les continents.
Attendez — l'article dit que c'est une tendance mondiale, mais il ne donne pas vraiment d'exemples concrets de ce qui se passe au Sénégal ou en Afrique de l'Ouest. On sait que l'Allemagne a des mouvements identitaires forts, mais quels sont les mouvements équivalents en Afrique de l'Ouest ?
C'est une bonne question. Sangaré parle d'une stratégie délibérée, mais comment sait-on qu'elle est délibérée plutôt que simplement une réaction similaire à des conditions similaires ?
C'est vrai que le texte ne détaille pas les mécanismes. Mais l'idée est que les politiciens, conscients ou non, utilisent la rhétorique migratoire de manière très similaire.
Le problème, c'est que nous ne savons pas si Sangaré a étudié des cas spécifiques en Afrique de l'Ouest ou s'il généralise à partir de ce qu'il observe en Europe. C'est une distinction importante pour évaluer la force de son argument.
Et cet appel à un nouvel universalisme — c'est quoi concrètement ? Comment on passe de la rhétorique à la politique ?
C'est un appel à reconnaître notre humanité commune et à construire des solutions qui ne sont pas purement nationales. Ça demande une coopération régionale et mondiale.
Mais l'article ne dit pas comment on mobilise politiquement autour de cet universalisme. Les mouvements identitaires ont des messages clairs et mobilisateurs. Comment un appel à l'universalisme peut-il concurrencer ça électoralement ?
Il Polso
- Le fantasme de la « submersion migratoire » se propage comme un outil politique redoutablement efficace, de l'Allemagne au Sénégal, en passant par la France et la Côte d'Ivoire.
- Les migrants et étrangers subissent une hostilité croissante et des discriminations accrues, transformés en figures de projection pour des peurs économiques et sociales bien réelles.
- Le nationalisme identitaire prospère précisément dans les moments de fragilité institutionnelle, offrant des réponses simples à des problèmes structurels complexes.
- Les défenseurs d'une vision inclusive peinent à rivaliser avec la clarté du message identitaire et sa capacité de mobilisation électorale.
- Chaque victoire des mouvements nationalistes normalise davantage l'hostilité envers les étrangers, rendant la construction d'une alternative de plus en plus difficile.
- Sangaré plaide pour une coopération régionale et mondiale urgente, fondée sur la reconnaissance d'une humanité commune plutôt que sur la gestion des différences.
De Bruxelles à Dakar, un même script politique se déploie : des mouvements nationalistes instrumentalisent la peur de la migration pour consolider leur emprise sur des sociétés fragilisées par l'incertitude. Bokar Sangaré, doctorant en sciences politiques, y voit non pas une coïncidence régionale, mais une stratégie globale qui transforme l'étranger en bouc émissaire de toutes les anxiétés collectives. Face à cette dynamique, il appelle à un universalisme renouvelé — non comme utopie abstraite, mais comme nécessité politique concrète.
Bokar Sangaré, doctorant en sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles, observe une convergence troublante : d'un bout à l'autre du monde, des mouvements nationalistes identitaires recourent au même mécanisme pour asseoir leur pouvoir. En Europe comme en Afrique de l'Ouest, la peur de la migration est délibérément cultivée pour canaliser le ressentiment vers les étrangers. Ce fantasme de la « submersion migratoire » fonctionne parce qu'il s'ancre dans des angoisses réelles — précarité économique, mutations sociales rapides — mais les détourne vers un bouc émissaire commode.
Si les contextes diffèrent — histoires coloniales, structures économiques, causes des migrations —, le script politique reste remarquablement identique. En Allemagne, en France ou en Italie, des partis ont bâti des électorats entiers sur cette rhétorique. Au Sénégal, au Mali ou en Côte d'Ivoire, les migrants internes et régionaux deviennent à leur tour des cibles de suspicion. Cette portée mondiale révèle que le nationalisme identitaire n'est pas une anomalie passagère, mais une stratégie qui traverse les régions et les systèmes politiques.
Pour Sangaré, une défense passive de l'ordre existant ne suffit pas. Il appelle à un refus actif de faire des différences le fondement de l'organisation politique, et à une aspiration consciente vers un universalisme nouveau — non pas une homogénéité abstraite, mais la reconnaissance de ce qui nous unit par-delà les frontières : une humanité commune, des intérêts partagés, une dignité égale. Les migrants ne sont pas des envahisseurs ; ce sont des personnes fuyant la guerre, la pauvreté, le dérèglement climatique — des forces qui ignorent les frontières nationales.
L'urgence est politique. Chaque élection gagnée par des nationalistes identitaires renforce la légitimité de leur discours et normalise l'hostilité envers les étrangers. Ce qui se joue dépasse la seule politique migratoire : c'est la question du monde que nous choisissons de construire — fragmenté en blocs identitaires fermés, ou ouvert à une coopération fondée sur la justice économique et la dignité partagée.
Bokar Sangaré observe un phénomène qui traverse les continents avec une inquiétante régularité. Du cœur de l'Europe aux pays d'Afrique de l'Ouest, un même mécanisme politique se répète : des mouvements nationalistes identitaires exploitent la peur de la migration pour consolider leur pouvoir et canaliser le ressentiment vers les étrangers. Sangaré, doctorant en sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles, voit dans cette convergence bien plus qu'une coïncidence. C'est une stratégie délibérée qui repose sur un fantasme puissant : celui de la submersion migratoire, l'idée que les étrangers menacent de noyer l'identité nationale sous le poids du nombre.
Ce fantasme fonctionne précisément parce qu'il joue sur des peurs réelles — l'incertitude économique, les changements sociaux rapides, la compétition pour les ressources — mais les canalise vers un bouc émissaire commode. En Allemagne, en France, en Italie, des partis politiques ont construit des électorats entiers autour de cette rhétorique. Mais le phénomène ne s'arrête pas aux frontières européennes. Au Sénégal, au Mali, en Côte d'Ivoire, des dynamiques similaires émergent, où les migrants internes et régionaux deviennent des cibles de suspicion et d'hostilité. Les contextes diffèrent — les causes de migration, les histoires coloniales, les structures économiques — mais le script politique reste remarquablement constant.
Ce qui rend cette tendance particulièrement préoccupante, c'est sa portée mondiale. Elle suggère que le nationalisme identitaire n'est pas une aberration locale ou une phase transitoire, mais une stratégie politique qui traverse les régions et les systèmes politiques. Elle prospère dans les moments d'incertitude, quand les institutions semblent fragiles et quand les citoyens cherchent des réponses simples à des problèmes complexes. Les étrangers — visibles, différents, souvent vulnérables — deviennent des figures sur lesquelles projeter l'anxiété collective.
Pour Sangaré, la réponse ne peut pas être une défense passive de l'ordre existant. Il appelle à quelque chose de plus radical : un refus actif de cultiver les différences comme base de l'organisation politique, et une aspiration consciente vers un nouvel universalisme. Ce n'est pas un appel à l'homogénéité ou à l'oubli des particularités culturelles. C'est plutôt une invitation à reconnaître ce qui nous unit au-delà des frontières et des identités nationales — une humanité commune, des intérêts partagés, une dignité égale.
Cet universalisme nouveau devrait être fondé non pas sur une abstraction lointaine, mais sur une compréhension concrète de la façon dont les migrations, les échanges et les rencontres façonnent réellement nos sociétés. Les migrants ne sont pas des envahisseurs abstraits ; ce sont des personnes qui fuient la guerre, la pauvreté, le changement climatique — des forces qui ne respectent pas les frontières nationales. Reconnaître cela, c'est reconnaître que les solutions aux défis migratoires ne peuvent pas être purement nationales. Elles exigent une coopération régionale et mondiale, une redistribution des ressources, une justice économique.
Le défi immédiat est politique. Les mouvements identitaires ont une clarté de message et une mobilisation électorale que les défenseurs d'une vision plus inclusive peinent souvent à égaler. Mais Sangaré suggère que le moment est urgent. Chaque élection gagnée par des nationalistes identitaires renforce la légitimité de leur discours, normalise l'hostilité envers les étrangers, et rend plus difficile la construction d'une alternative. Ce qui se joue n'est pas simplement la politique migratoire, mais la question de savoir quel type de monde nous construisons : un monde fragmenté en blocs identitaires fermés, ou un monde où les différences existent mais ne définissent pas nos frontières morales et politiques.
Citazioni salienti
Il est urgent de se lever pour refuser de cultiver les différences et aspirer à un nouvel universalisme— Bokar Sangaré, doctorant en sciences politiques