Clarinval : la Belgique cherche l'équilibre entre protectionnisme et libre-échange

Un herbivore dans un monde carnivore
Clarinval décrit l'Union européenne face à la concurrence chinoise et américaine, reprenant une formule du président Macron.
Mark

Clarinval parle d'une ligne pragmatique entre protectionnisme et libéralisme. Qu'est-ce que cela signifie concrètement pour la Belgique?

Mimi

C'est l'idée de rester ouvert au commerce international, mais de se protéger contre les pratiques déloyales. La Belgique veut des outils pour réagir vite aux dumping chinois ou aux tarifs américains, sans fermer ses frontières.

Luke

Mais comment mesure-t-on le dumping chinois? Clarinval cite des chiffres — trois à huit fois plus de subventions — mais d'où viennent ces estimations? C'est une fourchette large.

Mark

Et le concept de « Made with Europe »? C'est vraiment différent du protectionnisme?

Mimi

Oui, parce qu'il ouvre les marchés publics aux pays qui ont des accords de libre-échange avec l'UE. Ce n'est pas fermer les portes, c'est les ouvrir sélectivement.

Luke

D'accord, mais qui décide quels pays « respectent les règles »? C'est subjectif. Et le rapport entre cette politique et la compétitivité réelle des entreprises belges n'est pas établi dans ce qu'il dit.

Mark

Sur le budget européen, pourquoi la Belgique refuse-t-elle 2 000 milliards?

Mimi

Parce que cela signifierait payer un à deux milliards de plus par an. Clarinval dit que la Belgique paie déjà beaucoup et qu'elle a besoin de réduire son propre déficit.

Luke

Mais 2 000 milliards sur sept ans, c'est environ 286 milliards par an pour toute l'UE. On ne sait pas précisément ce que la Belgique paierait. Et on ignore si cette augmentation budgétaire créerait de la croissance qui compenserait le coût.

Mark

Il critique aussi le report du règlement sur les émissions de méthane. C'est une reculade climatique?

Mimi

Pour Clarinval, oui. Il dit que maintenir des règles strictes seules en Europe ne fait que déplacer la pollution ailleurs. C'est un argument de pragmatisme économique.

Luke

C'est vrai que les entreprises peuvent partir, mais le rapport ne dit pas si c'est ce qui s'est réellement passé avec les règles précédentes. C'est une hypothèse plausible, pas un fait établi.

  • La part de valeur ajoutée de l'industrie européenne est passée de 20 % en 2000 à 13 % aujourd'hui
  • La Commission vise 2 000 milliards d'euros pour le budget 2028-2034, soit une hausse de 60 %
  • La Belgique demande une réduction de 20 à 25 % de cette enveloppe budgétaire
  • Le plan de relance post-Covid représente 634 milliards d'euros à décaisser d'ici fin 2026
  • La Belgique doit économiser 10 milliards d'euros d'ici 2029 pour résorber son déficit

L'UE doit adopter une politique commerciale plus agressive face au dumping chinois et aux tarifs douaniers américains, sans abandonner l'ouverture aux partenaires respectant les règles. La Belgique s'oppose à l'enveloppe budgétaire de 2 000 milliards d'euros proposée pour 2028-2034, demandant une réduction de 20 à 25 % pour éviter des contributions annuelles supplémentaires.

David Clarinval, ministre belge de l'Économie, défend une ligne médiane entre protectionnisme et libéralisme face à la concurrence chinoise et américaine, tout en critiquant le coût du budget européen proposé.

David Clarinval, ministre belge de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture, s'exprime cette semaine sur les défis commerciaux qui confrontent l'Europe à un moment critique. Face à une concurrence accrue en provenance de Chine et des États-Unis, le responsable politique du Mouvement Réformateur estime que le continent se trouve à un carrefour économique délicat, obligé de repenser sa stratégie sans renier ses principes.

Le diagnostic que pose Clarinval est sans détour : la Chine pratique un dumping massif en subventionnant ses entreprises et son industrie trois à huit fois plus que ne le font les pays de l'OCDE, créant une concurrence déloyale. Parallèlement, les États-Unis déploient des tarifs douaniers agressifs en invoquant la clause de la nation la plus favorisée. Cette double pression pousse l'Union européenne à repenser son modèle économique. Reprenant une formule du président français Emmanuel Macron, Clarinval décrit l'UE comme « un herbivore dans un monde carnivore ». Les chiffres appuient ce constat : la part de valeur ajoutée de l'industrie européenne a chuté de 20 % en l'an 2000 à à peine 13 % aujourd'hui. Des entreprises quittent le continent ou disparaissent, une hémorragie que Clarinval juge inacceptable.

Pour inverser cette tendance, le ministre belge plaide pour une politique commerciale plus ambitieuse et réactive, tout en préservant l'ouverture aux échanges. L'Union européenne explore plusieurs leviers : convaincre Pékin de réduire volontairement ses exportations de véhicules hybrides et d'accorder l'accès aux terres rares, renforcer son « bazooka commercial » — un instrument anti-coercition permettant de surtaxer rapidement les pays pratiquant le dumping déloyale. Clarinval soutient cette approche, reconnaissant que l'Europe a trop longtemps péché par naïveté, perdant des parts de marché en conséquence. La Belgique favorise également le concept de « Made with Europe », ouvrant les marchés publics aux entreprises de pays liés à l'UE par des accords de libre-échange ou des unions douanières. L'objectif : être plus dur sans fermer les frontières, plus réactif sans abandonner les partenaires respectant les règles.

Clarinval critique aussi le report d'un an de la mise en conformité du règlement européen sur les émissions de méthane des importateurs de pétrole et de gaz, une décision prise sous la pression des États-Unis, du Qatar et d'autres producteurs. Selon lui, cette concession illustre un problème plus large : pendant des années, le Green Deal a guidé l'action européenne au détriment des entreprises. Lorsque l'Europe imposait seule des politiques ambitieuses en matière climatique, les entreprises quittaient simplement le territoire, déplaçant la pollution ailleurs. Pour le climat, c'était un échec. Aujourd'hui, avec l'explosion des coûts énergétiques, ce n'est vraiment pas le moment de maintenir une pression réglementaire unilatérale.

Sur le plan budgétaire, Clarinval porte un regard nuancé sur le plan de relance post-Covid de l'Union, un programme de 634 milliards d'euros que la Commission va décaisser d'ici la fin de l'année. Il reconnaît que cet emprunt en commun a « donné un peu d'oxygène à l'économie » et permis de mobiliser des moyens pour des projets intéressants. Cependant, il note des problèmes : le coût pour les États en termes de remboursement, la lourdeur administrative, et en Belgique spécifiquement, un éparpillement des fonds sur de nombreux petits projets plutôt que sur des initiatives porteuses de relance majeure. La complexité administrative belge, avec ses multiples niveaux de pouvoir qui se chevauchent, a fragmenté l'utilisation des ressources.

Le vrai bras de fer se dessine autour du budget européen 2028-2034. La Commission vise une enveloppe totale de 2 000 milliards d'euros, soit une hausse de 60 % du budget actuel, représentant moins de 2 % du PIB de l'Union. Clarinval s'y oppose fermement. La Belgique demande une réduction de 20 à 25 % par rapport à cette proposition. Sans cela, le pays devrait débourser entre un et deux milliards d'euros supplémentaires chaque année — un effort jugé inacceptable alors que la Belgique paie déjà sa part. Le ministre souhaite que les moyens disponibles financent principalement la compétitivité des entreprises, la sécurité et la défense, tout en réduisant les allocations à la politique de cohésion, qui finance les projets locaux visant à réduire les disparités régionales.

En arrière-plan, le gouvernement fédéral belge de Bart De Wever doit économiser dix milliards d'euros d'ici 2029 pour résorber un déficit public qui atteindrait environ 4 % sans mesures. Clarinval affirme que le gouvernement « doit prendre ses responsabilités ». L'explosion des dépenses en pensions et santé crée une pression budgétaire immense. La Belgique a déjà réalisé 23 milliards d'économies en deux ans. Avec cinq partis dans la coalition gouvernementale, les recettes divergent pour équilibrer le budget, mais Clarinval plaide pour une approche fondée sur la réduction des dépenses et la croissance plutôt que sur l'augmentation des taxes.

Les Chinois effectuent un dumping majeur en soutenant entre trois et huit fois plus leurs entreprises et leur industrie par rapport aux pays de l'OCDE.
— David Clarinval, ministre belge de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture
Nous devons être ouverts avec des partenaires qui respectent les règles, mais nous avons été parfois beaucoup trop naïfs pendant tant d'années.
— David Clarinval
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